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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 04:34


                   

    Derrière ce titre se cache, en fait, la description de la première phase de peuplement selon le modèle « Out of Africa ». Je prends mes distances ici avec le discours dominant du moment et je me rallie aux premiers analystes dont Stephen Oppenheimer en considérant le mont Toba et son éruption il y a 73000 ans comme un élément clé pour comprendre la voie de dispersion des hommes à la conquête du monde.
      Les données de la génétique donnent de façon consistante une date autour de 70 000 ans pour la dernière vague de peuplement partie d'Afrique, dont nous hommes issus. Que trouve la génétique ?  Tous les hommes, hors d'Afrique, sont porteurs de la mutation M168  portée par le chromosome Y. C'est ce groupe porteur de cette mutation qui serait sorti d'Afrique il y a environ 70 000 ans. Ces hommes sortent par la corne de l'Afrique et une « pause » dans la péninsule arabique (alors plus verdoyante) est envisagée. De là une route costale, sans doute sur des pirogues, permet de longer les côtes de l'Inde jusqu'à l'Indonésie . (tracé rouge)

 

Oppenheimer-toba

 

MigrationMap-Oppenheimer

Le point noir sur l'image de droite représente le mont Toba, au nord de l'île de Sumatra, et le tracé bleu la zone immense sur laquelle s'est étendu le nuage de cendre et où on pense que l'éruption a eu une incidence directe. Le tracé des côtes est le tracé actuel mais, peu après le cataclysme il y a eu un refroidissement et sans doute une baisse du niveau des océans. Il est possible que cette baisse ait permis aux hommes d'atteindre l'Australie.Ce qui est important c'est qu'il semble qu'au moins un noyau de migrants ait échappé à la destruction et ait eu une descendance. L'histoire du peuplement « out of Africa » se conjugue donc ensuite au pluriel avec au moins 2 centres de diffusion : un pôle arabique et un pôle Indonésie. Jetons un œil sur l'arbre génétique des différents sous groupes connus.
A gauche l'arbre du chromosome Y , et à droite l'arbre de l'ADN mitochondrial :

Capture-arbreY-mod

 

Capture-arbre-mtDNA

 

 


C'est le haut de l'arbre Y  qui est important. La mutation M168 est sur la branche conduisant de [BT] à [CT] . A partir de [CT] le groupe [DE] est identifié par une insertion « Alu » , ici indiquée par YAP,  alors que l'ensemble [CF]  n'a pas cette insertion Alu et porte la mutation P143. Nous allons nous intéresser aux groupes D, E et C, F issus de ces 2 branches de l'arbre Y . Comme il apparaît sur l'arbre le groupe F est à l'origine de tout un ensemble de sous groupes et représente une « route nord » distincte de la migration sud analysée ici :

 

northern-tree

Il y a eu, secondairement, une migration vers le sud, notamment pour les sous-groupes S, M et H mais ce sont des groupes postérieurs à ce qui est analysé ici (l'après Toba).
Le groupe C défini par la mutation M130, est un groupe frère de F dont la répartition est tout à fait différente : ce groupe est le principal groupe des aborigènes d'Australie et on voit  un gradient de diffusion vers le nord, à travers la Chine et jusqu'en Mongolie. Il y a eu un groupe issu de C qui est arrivé en Amérique où il forme une première strate, il s'agit d'une migration ancienne. Ce groupe C a été repoussé par les sous-groupes issus de F arrivés ensuite, notamment le groupe O, porteur de la civilisation du riz. On a donc un groupe parti de l'Australie qui a diffusé vers l'Asie, y compris vers l'Inde semble-t-il, où il a formé une première strate de peuplement.
Le groupe [DE] est arrivé tel quel jusqu'au Japon mais le groupe D (fortement représenté au japon) se rencontre aussi dans la zone Tibéto Birmane. On peut penser que ce groupe avait fait souche dans la zone Tibéto Birmane où il a réussi à se maintenir puis il s'est enfoncé au nord dans les montagnes du Tibet pour fuir de nouveaux arrivants. Le même groupe avait dû dépasser la zone indonésienne et se retrouve localement dans des zones où il a pu résister au groupe O (Japon). Le groupe E, quant à lui (aussi issu de [DE]) est  uniquement à l'ouest. Ce groupe a pu naître en Arabie  d'où il est retourné vers l’Égypte où il est devenu le principal groupe. Les [DE] et D ont donc eu 3 zones probables de survie : Tibéto-Birmane et la côte vers le Japon, d'où ils ont continué jusqu'en Amérique pour [DE] et D ; zone de « départ » pour E, [DE] ne s'y est pas maintenu jusqu'à nos jours.
L'arbre de l'ADN mitochondrial montre une dichotomie M / N . Le groupe M est surtout sur la côte sud alors que le groupe N et ses nombreux dérivés (non figurés sur l'arbre ci-dessus) peuple l'intérieur de l'Eurasie. N est présent en Australie. On peut envisager que le groupe M a une diffusion liée à celle de [DE]. Le groupe N, quand à lui  a suivi aussi bien C (jusqu'en Australie) que F d'où ont divergé de nombreux sous-groupes. Il y a donc une cohérence entre les dispersions suivies par l'ADN Y et l'ADN mitochondrial.
Le mont Toba dont les géologues ont mis du temps à reconnaître qu'il s'agissait d'un énorme volcan tellement les dimensions de la caldeira sont impressionnantes est-il une « péripétie » ou un élément fondateur de l'histoire humaine ?  Les géologues restent partagés sur l'impact du nuage volcanique à l'échelle de la planète.  Au niveau du peuplement et des cultures la limite Tibéto Birmane semble correspondre aux langues tonales, même si d'autres groupes ont pris le dessus par la suite, il faudrait donc voir dans cette scission une part de l'effet Toba sur l'histoire humaine. Il paraît impossible que ce soit une coïncidence si le peuplement de la planète qui s'est imposé finalement est précisément celui qui a essuyé un tel cataclysme.

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Published by Didier
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