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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 13:55

 Il faut discuter de la formation de nos élites et ne pas laisser les seuls experts décider.

 

Préambule :

Certains voudraient limiter les sujets propres aux débats électoraux à des questions « nobles » alors que d'autres questions n'auraient pas leur place dans un tel débat. Je suis dTintin'un avis tout à fait opposé car il n'y a plus de débat citoyen et de nombreuses questions ne peuvent recevoir l'écho mérité que dans ce court laps de temps où la démocratie reprend ses droits (étant entendu que les votes des députés godillots sont une insulte à l'idée de démocratie).  L'éducation ne semble admise comme sujet que sur la question des moyens. Surtout, l'enseignement post-BAC est laissé en dehors des discussions pour l'ensemble de la nation. C'est une erreur. Il faut discuter de la formation de nos élites et ne pas laisser les seuls experts décider. Il y a en France une spécificité due aux classes préparatoires aux grandes écoles. Il y a eu des évolutions et il y a aussi des blocages venant d'une partie des enseignants. Il ne faudrait pas que sous le faux prétexte de recherche d'économies on tranche un débat APRES les élections et en absence de tout débat citoyen.

 

Le mouvement des jeunes socialistes, le 2 avril 2011 a proposé, parmi 8 propositions la "fusion des universités et des grandes écoles". Un autre texte socialiste contient cette phrase : "La concurrence stérile entre filières de formation, au détriment des universités, doit prendre fin par le rapprochement progressif des grandes écoles et des classes préparatoires avec l'université. Dans ce cadre, nous devons accélérer la création de grands pôles universitaires." La ressemblance avec les PRES, « Pôles de Recherches et d'Enseignement Supérieur », que la ministre actuelle , sur la base d'une loi d'orientation votée en 2006, tente de mettre en œuvre montre que les grandes manœuvres sont en marche. Peut être est-il temps que le vote citoyen puisse s'exprimer. Encore faudrait-il que les enjeux soient clairement expliqués et on n'est pas parti pour. Cet article est écrit avec la conviction que le maintient, ou non, des « classes prépas » et des concours d'entrée aux grandes écoles est une décision majeure. Évitons des décisions de ces mêmes experts qui ont tenté avec l'insuccès que l'on sait de refondre les programmes d'enseignement. Les PRES sont de ces modifications sur lesquelles on a pris l'habitude de ne pas consulter le peuple, alors que la conduite des études et les diplômes concerne chacun de nous. Pour ceux qui ne sont pas du tout au courant le pôle Paris Tech concerne : L’École Nationale des Ponts et Chaussées ; L’École Nationale Supérieure d’Arts et Métiers ; L’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris ; L’École Nationale Supérieure des Mines de Paris ; L’École Nationale Supérieure de Techniques Avancées ; L’École Polytechnique ; L’École supérieure de physique et chimie industrielles de la Ville de Paris ; Le Groupe des écoles des télécommunications ; Le Groupe des écoles nationales d’économie et statistique ; L’institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement (AgroParis Tech) Avant de discuter plus précisément de ces projets j'ai pensé qu'il fallait éviter les lieux communs et les idées reçues sur un sujet très décrié (les grandes écoles). Une recherche web m'a appris qu'un rapport de 2006 intitulé : « Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de délit d'initié » a été remis au Sénat. Ce texte est assez complet. L'avantage de le considérer après quelques années c'est qu'on voit le suivi à peu près nul. En particulier, le rapport recommande une information au niveau des lycées pour une démocratisation des écoles prépas. D'autres ont repris ce point, avec raison, parlant d'auto-censure pour expliquer que de nombreuses familles n'envisagent pas cette filière. Diagnostic correct mais peu de progrès sur le terrain. Il y a une vraie scission sociale. Le rapport souligne que les prépas sont aujourd'hui nettement plus nombreuses en province,ce qui peut être important pour des élèves ne pouvant se loger à Paris mais les différences de niveaux persistent avec les prépas comme Louis le grand ou Henri IV . Il y a aussi davantage d'écoles d'ingénieurs, peu d'élèves sortent de prépa avec « rien ». Reste la zone d'origine des élèves et les essais d'intégration d'élèves de ZEP. Le niveau en maths en Terminal S quand les profs ne font pas le complément (tout à fait non officiel) qui permet à un élève d'être prêt au niveau « prépa », jouent contre ces élèves. Alors, faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain et supprimer les prépas parce que le niveau actuel en Terminal S est devenu tellement bas en mathématiques ? L'entrée dans les écoles s'est diversifié ; là je pense qu'on va trop loin : les grandes écoles , plutôt qu'un enseignement, c'est un niveau. Les AST (Admis Sur Titre) , sont une hérésie dès lors qu'ils ne sont pas une exception. Si on a développé ces passerelles c'était pour que les élèves des classes préparatoires obtiennent des équivalences automatiques. Il y a eu dérive de la contrepartie permettant à des étudiants en université de rentrer dans de prestigieuses écoles d'ingénieurs sans passer le même concours, par des passerelles peu connues. Le rapport précité utilise l'expression « délit d'initié » pour ces trop nombreux chemins de traverse. La tendance, au moins au niveau des ministères et des officines d'état semble à l'unification université – grandes écoles et elle ne se fera que par la baisse du niveau technique et généraliste. Je pense qu'on peut mesurer le danger des évolutions en cours en envisageant dans le détail le cas des AST dans les écoles que le rapport qualifie de « Très Grandes Écoles » (les écoles d'ingénieurs les plus cotées). . Je ne connais les chiffres que pour Telecom Paris qui est l'une des TGE distinguées par le rapport. Cette année, cette école à 30 AST pour 180 élèves. En cours cela se traduit par des demandes de compléments car ces AST n'ont pas le même bagage. Il est clair que cela se fait au détriment du niveau général, c'est le premier point. Alors que nos Grandes Écoles, surtout les TGE, ont parfois été stipendiées par leur orientation vers trop de « management » et pas assez de grands spécialistes, producteurs d'innovations techniques et de brevets, les AST vont exactement en sens inverse. Ce pourront être des managers et vous imaginez l'ambiance dans l'école si ceux qui viennent de la filière des concours se retrouvent classés moins bons managers et sur des postes moins rémunérateurs (en France) de recherche et développement... On semble compter pour rien (ou pas assez) le niveau atteint par les meilleurs de nos élèves prépa. C'est bien ce qui m'inquiète. Revenons donc maintenant aux PRES et au cas cité : Paris Tech. Considérons 2 des écoles : Polytechnique et l'Agro. Un campus commun avec des labos partagés pourquoi pas (si ça fonctionne !) mais des passerelles d'enseignement entre des formations si différentes ?Actuellement il y a 1 cas de formation commune entre Agro et Polytechniciens : l'ENGREF (Ecole Nationale du Génie Rural et des Eaux et Forêts) ; la gestion de l'eau et les forêts. Le statu quo actuel peut évoluer un peu mais la spécificité « bio » des Agros alors que les autres écoles du pôle ont des élèves n'ayant que leurs souvenirs de terminale pour la biologie laisse peu de latitude sauf à tout mélanger. Je comprends qu'il s'agit surtout de chercher des économies d'échelle car nos écoles d'ingénieurs ont des effectifs bien en dessous de ce qu'on rencontre dans les grandes universités et les matériels de pointe sont coûteux. On peut par exemple utiliser un microscope électronique pour inspecter un métal ou du matériel biologique. Je veux juste que les choses soient claires : on peut chercher de telles économies mais il ne faudrait pas qu'un certain flou sur la spécificité de ces écoles s'instaure. Il ne faut surtout pas perdre le sens du mérite lié au concours ; c'est ce qui pousse les élèves à se surpasser pendant cette partie de leurs études et je regrette qu'on ne cherche pas davantage à comparer le niveau (excellent) de nos élèves à la sortie des années prépas. Les étudiants chinois ont investi nos meilleurs lycées pour qu'ils suivent ces formations et nous devrions mieux en prendre acte. Les « colles » , à raison de 2 ou 3 par semaines apprennent à présenter oralement (devant un tableau) et forcent l'étudiant à un apprentissage régulier qui seul permet d'acquérir des automatismes. La faible taille des classes (environ 45 - 50 élèves par classe) crée une réelle situation d'émulation. Ceux ayant intégré une très bonne école ne doivent pas craindre la compétition de « managers » d'un étudiant moins brillant en sciences mais se révélant bon pour les fonctions d'encadrement. Le mélange des genres est une très mauvaise chose. J'espère qu'on a compris ce point. On a trop tendance en France a tenir pour acquis qu'il y a des « petits génies » et que ça ne demande pas d'organisation particulière. Au contraire, il faut favoriser l'émulation pour avoir le maximum de scientifiques compétitifs et le « mérite » accordé à ceux, AST ou autres est un signal fort vers de « l'encadrement » et ce au détriment inévitable du niveau scientifique. Il est exact que Polytechnique a toujours été recherché à cause des grands corps menant à des fonctions d'encadrement justement mais il fallait inverser cette tendance en encourageant les élèves à commencer par produire un travail de type PhD avant de partir pour de l'encadrement (tel que cela se fait aux USA). Pour finir, je veux revenir sur la critique « jeune socialiste » d'une filière prépas coûteuse car on constate que le coût d'un élève prépa-grande école est à peu près au niveau européen. Il y a un problème du financement de nos universités mais il est faux de dire que la filière des classes prépas est coûteuse en comparaison de nos voisins européens. Je suis inquiet car les finances en baisse risquent de justifier bien des bêtises.

Lien vers le rapport : http://www.senat.fr/rap/r06-441/r06-44113.html

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Published by Didier
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commentaires

willy 12/04/2012 19:25


Ce qui est rassurant c'est que les talents eistent encore preuve en est la medaille field de Villani !  Il y a le pire et le meilleur bon nombres de "chercheurs"
parasitent les universités mais quand bien même .. si le système permet encore la promotion des meilleurs dans nos Ecoles par exemple l' ENS ... Hé bien tant mieux !