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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 21:53
  

 

 

Cet article aborde la nouvelle vision de l'histoire de l'Europe telle qu'elle se dégage de l'analyse génétique du chromosome Y. Il y a d'autres blogs bien documentés sur le sujet et, en particulier, on pourra consulter le blog de Bernard Secher, bien pourvu en références. [1] Je prendrai ici une perspective simplificatrice afin de pointer ce que je considère comme radicalement novateur et les conséquences que cela peut avoir dans la compréhension de l'histoire des 10 000 ans qui nous ont précédés.

[1] http://bsecher.pagesperso-orange.fr/Genetique.htm

 

arbre-R1b

 

 

 

Le principe de l'utilisation de marqueurs du chromosome Y est que les populations en place (comprendre : la position des ancêtres connus ; en général au moins le 19èmesiècle) reflètent une histoire qu'il s'agit de décrypter. La première simplification est que nous n'allons nous intéresser ici qu'au groupe majoritaire dit R1b qui est défini par tout une série de marqueurs dont M343 ; tous les  R1b ont porteurs de la mutation M343 et d'autres mutations. M269, par exemple, définit la branche, désignée R1b1a2  ; les R1b de l'Europe en sont issus. Ici, on se contentera de savoir qu'il s'agit de mutations ponctuelles qui ne se produisent que très rarement. On nomme ces marqueurs SNP ; qui signifie « Single Nucleotide Polymorphism ». Les R1b de l'Europe de l'ouest peuvent être analysés par une longue série de marqueurs. Dans le tableau ci-dessus il faut comprendre que les R1b1a2 portent les mutations suivantes : M343, L278, M415, P25, P297, L320, L265, M269, S17, M520, S3, S10, S13. J'insiste sur le nombre de mutations car il souligne l'histoire commune que cela sous-tend. Ce groupe est notre point de départ et quelques mutations ultérieures, permettent le suivi de ce qu'on peut voir comme « une conquête de l'Europe », dont l'histoire n'a pas conservé de trace sauf celle qui apparaît avec les nouveaux outils de génétique.

 

Les principaux groupes :

 

 

Maintenant que le groupe R1b1a2 a été introduit nous allons, en quelque sorte, remonter le temps, et commencer par établir les principaux sous groupes de R1b1a2 .

 

 

Le groupe R-U106 :

 

Busby U106Myers-U106

 

 

Les 2 cartes ci-dessus proviennent de 2 études récentes. L'échantillonnage et le logiciel de traitement des données pour tracer les cartes sont différents. Le groupe R-U106 est très présent en Hollande. En Angleterre, l'expansion U106 reflète assez bien la progression des Saxons. Difficile de dire, si, en France, il y a une quelconque analogie avec le pouvoir Franc même si c'est une hypothèse séduisante. C'est un groupe plus Germanique que Celtique qui a pu connaître une expansion assez récente, par exemple, celle des Saxons.

L'analyse SNP montre qu'il y a une dichotomie du groupe R1b1a2 en Europe de l'ouest, avec d'une part le groupe U106, dont on connaît maintenant de nombreuses divisions, et par ailleurs tous les autres sous groupes qui se rassemblent comme groupe R-P312. 3 branches de R-P312 sont connues : U152, L21, et Z196 mais il y a encore environ 15% des R-P312 qui n'appartiennent à aucun de ces 3 sous groupes. L'histoire du groupe R-P312 paraît donc plus dispersée que celle de R-U106. En Angleterre et en Allemagne les R-U106 et R-P312 sont mélangés mais en Hollande il y a peu de R-P312 et une étude en Brabant a montré une sorte de frontière nord – sud avec les R-U106 au nord et les R-P312 au sud. J'insiste sur ces limites pour indiquer que, sans doute, les R-P312, qu'on peut voir comme « pré-celtiques », ne se sont mélangés aux R-U106 qu' à une période assez récente.

 

 

Le groupe R-U102 :

 

Busby U152

 

 

Ce groupe, selon la carte, semble particulièrement important en Italie. En fait, on pense que les invasions Germaniques ont repoussé ces populations Celtiques et que les R-U152 ont été plus importants en Allemagne du sud, là où la toponymie a montré une ancienne présence de populations Celtes. Il y aurait eu expansion, par l'Est, vers la France et un peu au delà. Donc ce sont, non seulement des U152 mais aussi des P312 qui est le groupe parent, équivalent à R-U106 vu ci-dessus.

 

Je ne montre pas de cartes pour les 2 autres sous groupes qui ont été identifiés récemment ; pour le groupe R-L21 ont pourra se reporter au blog de B. Secher qui est R-L21 ; ce groupe est principalement dans les îles britanniques mais aussi en Bretagne et, plus largement sans doute autour de la Bretagne. Il est possible que le groupe R-L21 ait été répandu sur une plus vaste zone puis repoussé par l'expansion des R-U152. On connaît maintenant de nombreux sous groupe de R-L21 mais l'échantillonnage en France reste insuffisant.

Le groupe Z196 a surtout été connu par l'un de ses sous-goupes , R-SRY2627, un groupe de l'Espagne du nord et du sud ouest de la France. Ils pourraient être les Aquitains de l'antiquité romaine.

On aurait donc une sorte de partitionnement géographique avec les U152 initialement à l'Est et les R-L21 au nord ouest, alors que les Z196 sont plus présent au sud ouest.

L'ensemble des R-U106 et des R-P312 de tous poils se retrouve comme R-L11, dont voici la carte de répartition :

 

Busby RL11Myers-L11

 

 

Ce sont les cartes de R-L11 des 2 mêmes études. Il s'agit de l'ensemble des U106 et P312, plus quelques R-L11* n'ayant ni la mutation U106, ni la mutation P312 (d'où l'étoile). C'est le groupe principal de l'Europe de l'ouest , représentant de l'ordre de 60% des hommes.

 

L'ancienne division ht15 / ht35 :

 

Busby ht35

 

 

La carte ci-dessus montre des « R1b » dont on notera la quasi absence en Europe de l'ouest, là où les R-L11 sont presque entièrement rassemblés. L'existence de ces 2 sortes fut identifiée très tôt par les premières études utilisant la sonde p49a,f dans une approche RFLP avec l'enzyme de restriction Taq1. Je ne détaille pas, mais les premières cartes montraient la division ci-dessus : les ht15 à l'ouest et les ht35 à l'Est. En fait, la carte ci-dessus montre les groupes parents de R-L11, à savoir ceux qui portent la mutation L23 et ceux qui ont en plus la mutation L51.

Depuis le groupe R1b1a2 on a la succession : L23 → L51 → L11

Difficile alors d'échapper à la conclusion que des R-L11, partis de l'Est de l'Europe, région Pontique, en particulier, ont connus un grand développement en Europe de l'ouest. La zone plus claire, au nord de la zone Pontique, correspondant en gros à la Pologne et à la Russie a vu le développement dans la même période du groupe Slave (R1a). La répartition actuelle a sans doute été influencée par cette expansion Slave.

On peut comparer la carte R-L23 + R-L51 à cette autre carte limitée au groupe R-L23 :

 

Myers-L23

 

 

La localisation est encore plus à l'Est, à l'exception de cas Suisses mal compris. On notera au sud caucase la zone Arménienne . Les Arméniens se révèlent, en effet, avoir une fraction de 30% de R-L23 environ. On peut donc interpréter les cartes comme l'arrivée et le succès d'un groupe semblable à ces Arméniens en Europe de l'ouest avec sans doute une étape dans la zone Pontique et les Balkans.

Reste à savoir QUAND une telle migration a eu lieu et comment expliquer l'énorme succès en Europe de l'ouest. La génétique peut répondre en partie à la question du « quand » car la variance des marqueurs de type STR dans un groupe est une mesure de son âge. Il n'y a pas plein accord sur les taux de mutations ; les résultats qui suivent ne font donc pas l'unanimité mais ils fournissent une trame cohérente et c'est un point important.

La surprise est, en effet, que l'ensemble R-L11 de l'Europe de l'ouest, donc tous les U106 et P312 confondus, forment un groupe remarquablement cohérent dont l'âge ne dépasse pas les 5000 ans (donc 3000 avant JC ). On est donc conduit à admettre qu'un groupe sans doute de petite taille a réussi à s'imposer aux populations néolithiques en place.

Que se passe-t-il en Europe de l'ouest vers 3000 avant JC (en se rappelant que les dates sont approximatives) ? C'est le tout début de petits objets en cuivre dans quelques localisations. C'est aussi le début des monuments mégalithiques. Les recherches ont montré qu'un groupe amené à prendre de l'extension , le groupe des Campaniformes, qui tirent leur nom de leurs céramiques (poteries) en forme de cloche renversée, produit les plus anciennes poteries dites campaniformes au Portugal vers 2900 avant JC.

La génétique ne prouve pas le lien avec les Campaniformes mais elle renouvelle le débat. Il est certain que , pour reprendre l'ancienne classification bien pratique, les ht35 de l'Est sont antérieurs aux ht15 de l'ouest ; l'examen des SNPs le prouve puisque les ht35 n'ont que L23 et L51 alors que les ht15 ont L23 et L51 et différents autres SNPs dont L11. On aurait donc un groupe arrivant de l'Est de l'Europe et qui s'impose à l'ouest précisément à une période où des changements notables ont eu lieu. Les R1bs seraient arrivés avec la métallurgie à ses débuts (en Europe), ce qui correspond aussi dans le domaine agricole au travail à l'araire et dans le domaine minier à l'utilisation de char à roues ; ces 2 progrès supposent une traction animale et, justement, on découvre que le cheval fait son apparition en Europe de l'ouest . Il me semble que le succès découle de ces éléments.

Si on accepte le lien avec les Campaniformes, reste à décrypter la raison de l'existence de 2 branches principales, U106 et P312 et les voies de pénétration. Il y a une thèse qui propose que les R1bs auraient fait le tour par l'Afrique du nord et seraient remontés par le Portugal et la péninsule Ibérique (thèse de A. Klyosov). Si on suit la métallurgie du cuivre en Europe on constate que la zone géographique (actuelle) des ht35 correspond à la diffusion d'une phase préliminaire. Une sorte de « second âge du cuivre » se développe ensuite vers la Corse sans doute via l'Italie du nord où plusieurs centres précoces de métallurgie du cuivre sont connus puis atteint le Portugal. Il est possible qu'à partir de la Corse une phase maritime cabotant le long de l'Afrique du nord et du sud de l'Espagne ait permis d'atteindre le Portugal. Ce n'est que 500 ans plus tard avec les premiers bronze à l'arsenic, puis les bronzes à l'étain que les Campaniformes connaissent une grande expansion.

 

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Published by Didier
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